La rupture d’un contrat d’apprentissage pendant la période d’essai obéit à des règles distinctes de celles du contrat de travail classique. Le formulaire utilisé pour formaliser cette rupture n’est pas un simple courrier : il conditionne la validité juridique de la séparation et la bonne transmission aux organismes concernés. Comprendre ce qui distingue ce document du Cerfa d’enregistrement initial évite des erreurs qui peuvent retarder, voire invalider la procédure.
Cerfa 10103 et formulaire de rupture : deux documents à ne pas confondre
Une confusion fréquente consiste à penser que le formulaire Cerfa n°10103, celui qui sert à conclure et enregistrer le contrat d’apprentissage auprès de l’OPCO, suffit aussi pour notifier sa rupture. Ce n’est pas le cas.
Le Cerfa 10103 est un document d’enregistrement. Il formalise l’accord initial entre l’employeur, l’apprenti et le CFA, et doit être déposé auprès de l’OPCO dans les cinq jours ouvrables suivant le début d’exécution du contrat. Son rôle s’arrête là.
La rupture, elle, nécessite un document distinct signé par les deux parties (employeur et apprenti, plus le représentant légal si l’apprenti est mineur). Ce document fixe la date de fin effective et le motif de la rupture. Les formulaires types disponibles (Cerfa de constatation de rupture, modèles proposés par les CFA ou les OPCO) servent ensuite à informer les organismes, mais ne remplacent pas l’écrit de rupture lui-même.
| Document | Fonction | Destinataire principal |
|---|---|---|
| Cerfa 10103 | Enregistrement du contrat d’apprentissage | OPCO |
| Écrit de rupture (lettre ou formulaire signé) | Formalisation de la fin du contrat | Employeur, apprenti, représentant légal |
| Formulaire de constatation de rupture | Notification aux organismes (CFA, OPCO, DREETS) | CFA, OPCO, DREETS |
L’usage d’une version périmée du Cerfa 10103 est aujourd’hui l’un des premiers motifs de rejet automatique par l’OPCO. Lors d’une rupture en période d’essai, les services RH ont intérêt à vérifier que le contrat initial a bien été enregistré avec la version en vigueur. Un contrat mal enregistré peut générer un contentieux sur la date de début, qui conditionne directement le calcul des 45 jours de formation pratique en entreprise.

Calcul des 45 jours en entreprise : ce que le formulaire ne précise pas
La période d’essai d’un contrat d’apprentissage ne se compte pas en jours calendaires. Seuls les jours de présence effective en entreprise entrent dans le décompte. Les semaines passées au CFA, les arrêts maladie et les suspensions pour accident du travail sont exclus.
En pratique, 45 jours en entreprise peuvent s’étaler sur deux à trois mois calendaires. Un apprenti dont le rythme d’alternance prévoit trois semaines en CFA pour une semaine en entreprise mettra bien plus longtemps à atteindre ce seuil qu’un apprenti en rythme deux jours CFA / trois jours entreprise.
Le formulaire de rupture doit mentionner la date de fin du contrat. Pour que cette date soit incontestable, l’employeur doit pouvoir justifier du décompte réel des jours de formation pratique. Un tableau de suivi des présences en entreprise, même informel, constitue la meilleure protection en cas de litige ultérieur.
Points de vigilance pour le décompte
- Les jours de congés payés pris pendant la période d’essai ne comptent pas comme jours de formation pratique, car l’apprenti n’est pas en situation de travail effectif.
- Un jour de présence partielle en entreprise (arrivée en cours de journée après une matinée au CFA, par exemple) peut poser question : aucun texte ne tranche explicitement ce cas, d’où l’intérêt de documenter les présences.
- La date de début retenue est celle du premier jour de travail effectif en entreprise, pas la date de signature du contrat si celle-ci est antérieure.
Contenu du formulaire de rupture en période d’essai
Pendant les 45 premiers jours de formation pratique, la rupture peut intervenir à l’initiative de l’employeur ou de l’apprenti, sans motif, sans préavis et sans indemnité. La seule exigence légale est la notification par écrit.
Un formulaire de rupture valide comporte au minimum les éléments suivants :
- L’identité complète de l’employeur et de l’apprenti (nom, prénom, adresse, numéro de contrat si disponible).
- La mention explicite que la rupture intervient pendant la période d’essai, avec la date du dernier jour de présence en entreprise.
- La signature des deux parties (et du représentant légal si l’apprenti est mineur).
- La date de remise ou d’envoi du document. Une lettre recommandée avec accusé de réception ou une remise en main propre contre décharge sont les deux modes de transmission qui sécurisent la preuve.
Aucun formulaire officiel unique n’est imposé par le Code du travail pour cette rupture. Les modèles proposés par les CFA, les OPCO ou les sites institutionnels remplissent la même fonction, à condition de contenir les mentions ci-dessus.

Obligations de transmission après la rupture du contrat d’apprentissage
Une fois l’écrit de rupture signé, l’employeur doit informer plusieurs organismes. Le CFA est le premier destinataire : il doit savoir que l’apprenti n’est plus sous contrat pour adapter son suivi pédagogique et, le cas échéant, aider l’apprenti à retrouver une entreprise.
L’OPCO reçoit ensuite la notification de rupture, qui entraîne l’arrêt du financement de la formation. La DREETS (ex-Direccte) doit également être informée pour mettre à jour l’enregistrement du contrat.
En revanche, ces formulaires de notification servent uniquement à informer les organismes. Ils ne se substituent pas à l’écrit de rupture signé entre les parties. Un employeur qui transmettrait un formulaire de constatation à l’OPCO sans avoir préalablement fait signer un document de rupture à l’apprenti s’exposerait à une contestation.
Délais de transmission
Aucun délai légal strict n’est fixé pour la notification au CFA ou à l’OPCO après une rupture en période d’essai. La rapidité joue malgré tout : un retard peut entraîner le maintien du financement de la formation pendant plusieurs semaines, créant des régularisations comptables inutiles.
L’apprenti, de son côté, conserve le droit de poursuivre sa formation au CFA pendant six mois après la rupture, dans l’attente d’un nouveau contrat. Le CFA a l’obligation de l’accompagner dans cette recherche.
La rigueur du formulaire de rupture tient moins à sa forme qu’à ce qu’il prouve : qui a décidé, quand, et dans quel cadre juridique. Un document clair, signé et transmis sans délai aux bons interlocuteurs reste la meilleure garantie pour les deux parties.

